LES GROTTES DE PIERRE-LA-TREICHE

La commune de Pierre-la-Treiche est la plus riche commune meurthe-et-mosellane sur le plan karstique. Elle ne compte pas moins de 39 grottes explorées par l'Homme, dont les deux tiers sont situés en rive droite. Par ailleurs ces cavités figurent parmi les plus grandes du département et on trouve 3 des 4 cavités du département de plus de 1 000 m de développement. Les grottes de Pierre-la-Treiche se développent dans des calcaires datant du Jurassique, plus précisément au Bajocien (il y a 170 à 164 millions d'années). Il s'agit majoritairement de calcaires à polypiers et de calcaires oolithiques (voir Oolithe dans Wikipédia) comme on peut le voir sur cet extrait de carte géologique de Pierre-la-Treiche :

Sondage réalisé près des grottes (numéro national : 02297X0060/SR2) :

De

À

Type

Période
0 m 4 m Remblai : Pré/Galet, Siliceux/Argile Quaternaire
4 m 14 m Calcaire, Oolithique (oolithe terreuse à Clypeus Ploti de 0004.00 à 0019.25) Bajocien supérieur
14 m 19,25 m Calcaire, Oolithique ; Argile Bajocien supérieur
19,25 m 24,5 m Calcaire, Oolithique Bajocien supérieur
24,5 m 42,5 m Calcaire, Crème oolithique (oolithe miliaire inférieure) Bajocien supérieur
42,5 m 52,5 m Calcaire, Oolithique cristallin crème Bajocien supérieur
52,5 m 54,5 m Pré/Calcaire, Cristallin/Argile (Marnes de Longwy) Bajocien supérieur
54,5 m 64,5 m Calcaire, Construit (Polypiers supérieurs) Bajocien moyen
64,5 m 67,5 m Calcaire, oolithique (oolithe cannabine) Bajocien moyen
67,5 m 81 m Pré/Calcaire, Construit/Calcaire, oolithique / (Polypiers inférieurs) Bajocien moyen
81 m 87 m Calcaire, cristallin Bajocien inférieur
87 m 97 m Calcaire, oolithique Bajocien inférieur
97 m 127 m Inconnu Imprécis

Les calcaires des grottes de Pierre-la-Treiche sont par ailleurs riches en fossiles divers (dont les fameuses "étoiles de Sion") qui peuvent être contemplés dans les parois.

Les derniers travaux scientifiques (LOSSON, 2005) permettent d'estimer la période de formation des grottes de Pierre-la-Treiche : il s'agirait vraisemblablement du Pléistocène moyen et inférieur (il y a 1,5 millions d'années à 300 000 ans). Les grottes de Pierre-la-Treiche occupent une place importante dans l'histoire humaine locale et dans l'histoire de la spéléologie lorraine.

L'ensemble des grottes de ce domaine recèle encore bien des secrets. De nombreux conduits sont malheureusement totalement obstrués par des remplissages déposés par la Moselle lors de sa capture par la Meurthe il y a plus de 300 000 ans. Les actuels explorateurs poursuivent les travaux commencés par leurs aînés voici près d'un siècle et demi pour enrichir tout aussi bien notre connaissance du milieu souterrain que celle de l'humanité.

ATTENTION ! L'accès aux cavités est réglementé par une concession de passage par la commune et l'ONF !

Plan d'ensemble des grottes de la rive droite

Plan d'ensemble (53 ko)

 

 

L'article qui suit a été publié dans le bulletin trimestriel du CDS, Spéléo-Info Meurthe-et-Moselle n°4 (3e trimestre 2001), et fait suite à deux articles du même auteur : Quelques aspects de la karstification du plateau de Haye (Lorraine, France) in : Regards n°41 (2001) et La capture de la Moselle, Nouvelles données chronologiques par datations U/Th sur spéléothèmes (l'auteur et Yves QUINIF) in : Karstologia n°37 (2001) disponible en anglais sur le site SPELEOGENESIS ou sous forme PDF.

Voir aussi : LOSSON B., Aperçu karstogénétique de la grotte Sainte-Reine, in : Regards n°37 (bulletin de l'Union Belge de Spéléologie), 1999, p.29-32

 

Le karst du plateau de Haye : un patrimoine scientifique exceptionnel
- Benoît LOSSON (U.S.B.L. - Centre d'Études Géographiques de l'Université de Metz) -

Depuis 1994, une recherche débutée sous la direction de Patrice GAMEZ (1949-1999), nous a amenés à nous intéresser au karst du plateau de Haye et aux grottes de Pierre-la-Treiche en particulier. Cette étude porte sur les relations interactives qui ont existé entre le phénomène de capture de la Moselle et les anciennes circulations souterraines à travers les calcaires bajociens de la Haye.

Dans le domaine de la géographie et de la géomorphologie, le détournement de la Moselle à Toul, aux dépens de la Meuse et au profit de la Meurthe, est un événement mondialement connu, et ceci depuis plus d'un siècle. Parmi les circonstances qui ont prévalu à cette capture hydrographique, le rôle du karst du plateau de Haye est évoqué par plusieurs chercheurs selon les modalités suivantes.

Lors de son parcours entre Neuves-Maisons et Toul, la Moselle recoupe un substratum perméable en grand dans lequel elle a dû perdre une partie de son débit tout au long de l'ère quaternaire. Les infiltrations dans les calcaires parcouraient alors le plateau dans sa masse vers le nord, conformément à la structure géologique et aux possibilités d'émergence qui leur étaient données dans le bassin versant du Rhin, déprimé par rapport à celui de la Haute Moselle - Meuse. Dans ce schéma, seule la localisation du karst de restitution des eaux mosellanes reste inconnue (région de Liverdun ou de Dieulouard). En effet, les caractéristiques morphologiques et sédimentologiques des grottes de Pierre-la-Treiche prouvent quant à elles l'origine mosellane des circulations fluviatiles qui ont créé les cavités. Des études sur les alluvions présentes dans ces réseaux spéléologiques ont en outre permis de préciser que la karstification et le comblement se sont réalisés lorsque la rivière coulait en surface à une altitude supérieure à celle des grottes : on est à Pierre-la-Treiche en présence d'un karst sous-alluvial, recoupé ultérieurement par l'encaissement de la vallée.

Les relations établies entre matériaux sédimentaires souterrains et formations superficielles extérieures sont à l'origine de nouvelles données d'ordre chronologique en ce qui concerne la capture de la Moselle. Les datations de concrétions par la méthode U/Th, réalisées par Yves QUINIF (Faculté Polytechnique de Mons), permettent de fournir un âge aux alluvions hypogées et de surface, donc au détournement hydrographique dont le calage stratigraphique est bien établi : genèse des cavités karstiques et capture se sont produites il y a plus de 300 000 ans.

Comme on le voit, la richesse des informations livrées par le karst ne s'arrête pas à la reconstitution de la spéléogenèse, mais s'étend à la paléogéomorphologie régionale et à la chronoclimatologie. Des études dans ce dernier domaine restent à développer, grâce au potentiel incomparable des remplissages souterrains.

Pour tout renseignement complémentaire et bibliographique sur le sujet, nous renvoyons à notre article écrit en collaboration avec Yves QUINIF, paru dans le numéro 37 de Karstologia. Vous pouvez également me contacter directement : Benoît Losson, 8 impasse du Moulin, 57070 Saint-Julien-lès-Metz ; tél. : 03 87 75 39 86 ; mail : losson [@] club-internet.fr

Par ailleurs, je remercie d'avance toute personne qui apporterait une contribution à ces études.

 

Le plateau de la Treiche et le Trou des Celtes
- Christian CHAMBOSSE (Groupe lorrain d'études d'archéologie préhistorique ; article paru dans L'Est illustré du 4 mars 1934 page 27) -

Sur le territoire de Pierre-la-Treiche, à l'est du village, sur le plateau de la Treiche, il existe une station néolithique signalée pour la première fois par Husson(1). La plupart des instruments furent trouvés au lieu-dit "Aux Haches", entre la route de Pierre à Sexey et la lisière de Bois-l'Evêque. Il serait inexact de nommer ce lieu atelier de taille, car le silex n'y était pas taillé ; mais il était préparé d'avance(2) et exporté de régions assez éloignées. Seule, la retouche a pu y être pratiquée. De là, l'absence à peu près complète de nucléi et la fréquence de très petits éclats. Par contre, les quartzites étaient taillés sur place, dans des galets vosgiens, nombreux sur la partie nord du plateau dont le sol est composé d'alluvion siliceux(3) de la glaciation rissienne (basse terrasse tyrrhénienne de 30-35 m.) Ces dépôts diminuent de puissance et finissent par disparaître un peu au delà du chemin de terre qui traverse le plateau et rejoint la route.
Les plus belles pièces, consistant en pointes de flèches, couteaux, percuteurs (rares) et éclats de silex divers, ont été recueillies par Husson et par Guérin. Pour ma part, j'ai observé une certaine abondance de petits éclats de silex. Mais il convient de faire remarquer à quel point les objets intéressants sont devenus rares, car bien des personnes les ont recherchés et, depuis des siècles, la charrue les tourne en brisant les plus délicats.
Le Trou-des-Celtes s'ouvre dans la partie supérieure du versant nord du plateau de la Treiche. Il se présente sous l'aspect d'une fissure horizontale, sinueuse, et d'une largeur assez régulière d'environ 1 m. 50 à 2 m. Sa hauteur varie entre 1 m. 80 et 1 mètre, avec des points très bas. Le plafond, peu solide, est très fissuré, et il s'en est détaché des blocs quelquefois très volumineux qui encombrent la galerie. Encore maintenant, il est peu prudent de s'y aventurer à certaines époques d'une année particulièrement pluvieuse. En effet, l'intérieur de cette fissure n'est séparé de la surface du plateau que par une couche de calcaire perméable très peu épaisse, 3 à 4 mètres environ ; aussi les infiltrations sont-elles nombreuses et compromettent la solidité du plafond.
Il existait autrefois de belles et grandes stalagmites, mais chaque visiteur tenait à emporter un souvenir de sa ténébreuse excursion ; aussi n'en reste-t-il plus que les traces ! Sous les blocs et dans l'espèce d'argile marneuse qui forme le sol de cette fissure ou grotte, se trouvaient, en un singulier mélange, des ossements humains et de la poterie. Le nombre des squelettes qui gisaient là semble être considérable : de vingt-cinq à trente individus. On observe des sujets de tous les âges et des deux sexes.
Aucun crâne entier n'a pu être découvert. Seule, une mâchoire inférieure était intacte(4). Ses douze centimètres d'écartement semblent indiquer qu'elle appartenait à un crâne brachycéphale. Godron avait observé un humérus à perforation olécrânienne. J'en possède un qui ne présente pas cette particularité anatomique.
Les dents sont, en général, splendides ; usées souvent jusqu'à la pulpe, elle n'offre pas de traces de carie. Cette usure semble résulter d'une alimentation essentiellement composée de racines et d'aliments très résistants. Quant à l'absence de carie, c'est un caractère des races préhistoriques qui étaient beaucoup plus saines que les races actuelles, bien que l'on ait relevé des lésions pathologiques sur certains squelettes préhistoriques découverts en Égypte.
À part ces quelques observations anatomiques, il est impossible de se livrer à aucune mensuration anthropologique en raison de l'état de détérioration des ossements. De l'étude des pièces osseuses, on ne peut donc tirer qu'un nombre restreint de renseignements sur la date archéologiques de l'ensevelissement des cadavres. Il n'en est pas de même des produits de l'industrie humaine qui, dans leur ensemble, par leurs caractères, permettent de les situer chronologiquement. C'est ce que nous étudierons dans un chapitre suivant.
(1) Origine de l'homme dans les environs de Toul (comptes rendus de l'Académie des Sciences, 1864, 65, 66, 67).
(2) Cette opinion déjà émise par le comte de J. Beaupré, est peut-être un peu absolue ; car il existe bien un silex local, mais les néolithiques ne devaient guère l'utiliser en raison de sa qualité médiocre. C'est le silex de l'étage géologique du Bajocien.
(3) G. Gardet. Les systèmes de terrasses de la trouée Pont-Saint-Vincent-Toul-Foug-Commercy (Bulletin de la Société des Sciences de Nancy (1928).
(4) Mémoire sur des ossements humains trouvés dans une caverne des environs de Toul. (Mémoire de l'Académie Stanislas, 1864)